Prostitution étudiante, la précarité nous rend vulnérable !

« Hey les étudiantes ! Améliorez votre style de vie. Sortez avec un sugar daddy ». C’est ce qu’on pouvait lire sur un camion publicitaire de la société RichMeetBeautiful garé à l’entrée de l’ULB en septembre dernier.

Cette publicité sexiste avait créé un réel scandale mais aussi et surtout soulevé une problématique importante, celle de la prostitution étudiante.

Dans l’optique de continuer la discussion sur cette problématique et de réfléchir ensemble aux réponses qu’on peut y apporter, nous avons organisé un débat  sur les questions du sexisme, de la précarité et de la prostitution étudiante avec Renaud Maes, auteur d’une étude sur le thème de la prostitution étudiante faite en Fédération Wallonie-Bruxelles et Marisa Cabal, coordinatrice de la Campagne ROSA Bruxelles.

Prostitution étudiante, pas estudiantine

Le terme estudiantin, qui représente tout ce qui est lié au caractère sympathique des études (folklore estudiantin, bals estudiantins, …), est souvent utilisé pour parler de prostitution étudiante parce qu’on a toute une série de représentations culturellement construites, notamment par des fictions comme Lolita ou Jeune et Jolie qui amène à croire que les jeunes qui se prostituent le font avant tout pour faire la fête. « On a le prototype merveilleux de la prostituée étudiante typique qui est une jeune fille qui veut se payer un sac Louis Vuitton, boire du champagne en boîte et est très heureuse de se prostituer. », déclare Renaud Maes, et il continue : « La réalité est beaucoup plus complexe. »

Pourquoi on se prostitue ?

Selon le chercheur, la réponse varie en fonction du moment où on se trouve dans ce qu’il appelle la « carrière prostitutionnelle ». Par contre, à la question « pourquoi il y a une première fois ? », les témoins sont unanimes : c’est suite à une situation de précarité (dette, parents qui coupent les vivres suite à un échec scolaire,…) et donc a un besoin d’un rapide « cash flow ».

Marisa Cabal poursuis en précisant qu’une année d’étude supérieure, pour un étudiant kotteur, coûte plus de 10 000€. De plus, le prix des logements et des transports ne fait qu’augmenter, tout comme le prix du minerval (il a augmenté de près de 50% en Flandre depuis 2014 et a triplé cette année pour les étudiants étrangers côté francophone). Cela pousse de plus en plus d’étudiants à devoir travailler pour financer leurs études. En 5 ans, on a vu une augmentation de 70% des étudiants jobistes, dont la moitié travaille non pas pour de l’argent de poche mais bien pour subvenir à leurs besoins. Or les étudiants qui doivent s’autofinancer perdent un temps d’étude considérable et sont surreprésentés parmi les situations d’échec. A noter que les inégalités salariales en fonction du genre sont déjà présentes chez les jobistes : selon une étude menée par la société d’intérim Randstad, une étudiante jobiste gagne en moyenne 262€ de moins qu’un étudiant par an.

Une activité plus isolée, donc plus risquée

Sur les 50 témoins interviewés par Renaud Maes, tous ont été victime de viol, soit par le manque de consentement, soit par le refus du client de payer. Il constate : « Leurs témoignages montrent souvent des choses qui sont plus violentes que chez les prostituées de rues. ». L’activité prostitutionnelle étudiante étant plus occasionnelle, la personne se retrouve isolée par la peur que ça se sache et ne bénéficie pas d’un système de soutient que l’on peu trouver entre les prostituées dans la prostitution de rue et qui permet de d’échanger sur ces « trucs » à exiger ou à éviter, et sur les clients potentiellement dangereux.

S’ajoute à ça la problématique migratoire. En Belgique, un étudiant étranger hors UE, pour pouvoir pénétrer le territoire, a besoin d’un garant sensé fournir quasi l’intégralité des ses revenus. « Or, il y a un réel trafique de faux garants. A la Gare du Midi, par exemple, il y a un bureau qui aide les étudiants étrangers à trouver des faux garants. ». Une fois qu’ils ont trouvés ces faux garants, les étudiants n’ont aucune source de revenus et la prostitution se présente comme leur seule option.

« Là où on a des situations particulièrement dures, c’est quand certains garants agissent eux-mêmes comme des proxénètes. Ils font « rembourser » le service qu’ils offrent en exigeant des prestations sexuelles soit pour eux, soit pour des amis et en empochant les bénéfices. ».

L’obligation d’avoir un garant dont l’étudiant dépend entièrement le rend expulsable s’il décide de dénoncer sa situation. Cela le place dans une situation de soumission totale à leur garant et garanti au réseau de traite une efficacité maximale.

Après la prostitution étudiante… la prostitution

Est ce qu’on arrête de se prostituer après l’obtention du diplôme ? Renaud Maes répond que non : « Souvent, à cause du temps que l’activité prostitutionnelle prend, ces étudiants sont obligés d’étaler sur plusieurs années leur études. Or, la réforme récente des allocations de chômage fait que si on sort des études à plus de 25 ans, on a droit à rien ». Et dans tout les cas, durant l’année que dure le stage d’attente, on n’a rien non plus ! Il rajoute qu’on peut effectivement toujours se tourner vers le CPAS mais cela représente un parcours extrêmement complexe, avec toujours le risque qu’on se retourne vers nos proches, une enquête sociale à la clé, ce qui, quand on se prostitue, n’est pas une chose que l’on souhaite traverser, pour des raisons évidentes.

« On voit là l’effet du mécanisme de précarisation. On a précarisé ces jeunes fraichement diplômés, ce qui entretient ce système prostitutionnel très large. »

Quelles solutions face à la précarité étudiante ?

Marisa Cabal intervient alors avec les pistes de solutions que la campagne ROSA propose face à cette précarité étudiante. Pour permettre à chacun d’étudier sans avoir à se prostituer ou ruiner sa famille, il est nécessaire que l’enseignement soit pris en charge par la collectivité, dans tous ses aspects.

« La campagne ROSA revendique un enseignement gratuit, accessible et de qualité. Pour ce faire, un refinancement public de l’enseignement à hauteur d’au moins 7 % du PIB est indispensable. » Elle revendique également un salaire étudiant, exigence portée auparavant par les organisations de jeunesse syndicale, pour rendre les études réellement accessibles à tous, favoriser la réussite et permettre aux étudiants de vivre dignement.

Pour que de telles mesures soient possibles, il est nécessaire de construire un féminisme socialiste en organisant une résistance active dans les écoles, les universités, sur les lieux de travail mais aussi dans la rue, à travers des manifestations.

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Rejoins-nous le 8 mars !

A l’occasion  de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, dans la lutte contre le sexisme et la précarité. Exigeons ensembles des solutions sociales collectives contre toutes les politiques qui rendent les femmes plus vulnérables aux violences physiques, psychiques et économiques.

BRUXELLES: Jeudi 8 mars à 16h ULB solbosch devant le foyer – avenue Paul Héger. Pour rejoindre l’action de La Marche Mondiale des Femmes à la Gare Centrale à 17h30.

LIEGE: jeudi 8 mars à 18h Place Saint Etienne, où se tiendra un village féministe à partir de 17h30 (après une cycloparade féministe l’après-midi).

GAND: Jeudi 8 mars à 19h30 à la Hôtel de ville de Gand

ANVERS: Jeudi 8 mars à 19h00 Ossenmarkt

Mais aussi des actions à Mons le mercredi 7 mars et à Namur le samedi 10 mars. Contacte-nous!


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ROSA organise des actions, des événements et des campagnes pour combattre le sexisme et le système qui l’entretient : le capitalisme.