L’université de Gand se prépare pour sa plus grande grève depuis des décennies

Le 9 mars 2020 aura lieu la 4e édition de la grève féministe de l’Université de Gand (UGent). Les trois revendications de la campagne de cette année sont l’introduction d’un salaire minimum de 14€/heure, la statutarisation du personnel des restaurants universitaires et des crèches ainsi que l’internalisation du nettoyage. Cette grève pourrait bien être la plus importante de ces dernières décennies à l’UGent.

Par Tim Joosen, délégué CGSP à l’UGent
La CGSP-UGent fait campagne autour de ces revendications depuis le mois de mai dernier. Une pétition est également utilisée depuis septembre 2019, signée depuis lors par plus de 3.500 membres du personnel et étudiants. Quelques journées d’action ont été organisées avec succès. Le 14 octobre, quelque 70 étudiants, membres du personnel et sympathisants ont lancé ensemble la campagne vers les auditoires, les restaurants universitaires et les lieux de travail.
C’est ainsi qu’un large soutien a pu être construit autour de ces revendications, mais le conseil d’administration de l’université fait la sourde oreille. Il a donc été décidé de passer à la vitesse supérieure au début de cette année avec l’organisation d’une grève pour accroitre la pression sur le conseil d’administration.
Un jour de grève a été choisi pour le 9 mars 2020. Ces trois dernières années, une grève féministe contre le sexisme et pour l’égalité de genre a été organisée à l’UGent le 8 mars. Ces dernières années, cette campagne s’est principalement concentrée sur les revendications des chercheurs : l’inégalité des chances en matière de carrière pour les femmes, la compatibilité de la carrière de chercheur avec la vie familiale, etc. Pour l’action du 9 mars 2020 – le 8 mars est un dimanche cette année – les organisateurs de la grève féministe ont décidé d’inclure les revendications de la campagne de la CGSP comme exigences centrales : un salaire minimum de 14 €/heure, l’extension de l’engagement statutaire au personnel travaillant dans le secteur social (logements étudiants, restos étudiants, crèches, etc.), et l’internalisation du nettoyage, aujourd’hui organisé par un sous-traitant privé, ISS.
Ces dernières semaines, une délégation de la CGSP-UGent, de la Centrale générale de la FGTB (la centrale syndicale des travailleurs d’ISS) et des organisatrices de la grève féministe ont fait le tour de tous les postes de travail des restos, du nettoyage et des crèches. La campagne et ses revendications ont été discutées, et une forte motivation s’est rapidement manifestée ! De nombreux membres du personnel étaient prêts à se battre pour faire aboutir leurs revendications. Dès l’instant où la volonté de partir en grève était claire et massive, un préavis de grève a été déposé.
Le mouvement que nous avons observé ces derniers mois à l’UGent est unique à bien des égards. Le syndicat se bat pour des revendications offensives, non pas en riposte défensive à des attaques contre les conditions travail, mais en allant de l’avant pour une amélioration substantielle des conditions de travail. L’introduction d’un salaire minimum de 14 €/heure entraînerait une augmentation nette de près de 300 € par mois pour les salaires les plus bas. Pour le personnel des restos et des crèches, la statutarisation leur garantirait une bien meilleure protection en cas de maladie de longue durée ou de retraite, ainsi que leur sécurité d’emploi. L’internalisation du nettoyage faciliterait l’application de conditions de travail correctes et la défense des intérêts du personnel chargé du nettoyage. L’ensemble des revendications présentées par le syndicat repose sur ce qui est nécessaire pour le personnel.
L’étroite coopération entre la CGSP-UGent, le syndicat de la ‘‘société mère’’, et la Centrale Générale, le syndicat du sous-traitant de nettoyage, est également unique. Les délégués des deux centrales syndicales ont fait campagne côte à côte, organisant ainsi dans la pratique la solidarité entre les travailleurs au-delà des frontières de leur entreprise. Ensemble, ils défendent les intérêts de tous ceux qui travaillent dans les bâtiments de l’UGent, qu’ils travaillent directement pour l’université ou pour un sous-traitant.
Enfin, il existe également une coopération entre le syndicat et des couches plus larges de chercheurs et de militants étudiants : les Etudiants de Gauche Actifs, la Campagne ROSA, les Jongsocialisten et Comac ont agi avec le personnel, et parmi les organisateurs de la grève féministe se trouvent également des activistes qui n’appartiennent pas au syndicat. Il s’agit là d’un exemple très intéressant d’extension de la solidarité de nature à combattre le morcellement de la classe ouvrière organisé par le patronat.
Le rendez-vous du 9 mars est un prochain test important pour cette campagne : une grève réussie peut donner un nouvel élan pour porter le mouvement à un niveau supérieur : transformer le soutien passif en une mobilisation active. De plus, si la grève est effectivement aussi réussie que prévu, ce sera la plus grande grève à l’UGent ces dernières décennies. Cela modifiera fondamentalement le rapport de forces au sein de cette institution.


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