Pas de capitalisme sans sexisme… Pas de socialisme sans féminisme !

Les socialistes ont montré très tôt que l'oppression spécifique des femmes, comme toutes autres formes d’oppression, a une base économique. Sous le capitalisme, selon la stratégie du diviser pour mieux régner, le sexisme est un outil puissant pour tenter de diviser la classe ouvrière et faire davantage de profits : écart salarial entre travailleuses et travailleurs, travail domestique non rémunéré majoritairement supporté par les femmes, marchandisation du corps des femmes pour maximiser les ventes, …

“L’émancipation de la femme, comme celle de tout le genre humain, ne deviendra réalité que le jour où le travail s’émancipera du capital.”  Clara Zetkin

8 mars : Une journée où le caractère combatif des travailleuses a été démontré à de nombreuses reprises

Une fois ce constat établi, on ne s’étonne pas que des femmes aient été, et soient toujours, à l’origine de grèves et de soulèvements comme les ouvrières du textile de New York le 8 mars 1908. La Révolution russe de 1917, initiée par les travailleuses du textile de Petrograd – un 8 mars selon notre calendrier – et au cours de laquelle le capitalisme a été aboli, a permis de gigantesques avancées dans le but de jeter les bases de l’égalité : droit de vote, égalité salariale, congé maternité de 16 semaines et protection des mères allaitantes, légalisation de l’avortement, égalité des enfants ‘illégitimes’, loi facilitant le divorce à la demande d’un des conjoints…

En plus, la Russie révolutionnaire a travaillé à la socialisation du travail domestique pour lutter contre la double journée de travail des femmes par le biais de cantines publiques de qualités, de blanchisseries et de systèmes de garde d’enfants, etc. Cependant, bon nombre de ces projets n’ont pas pu être généralisés en raison de l’immense pauvreté matérielle de ce pays économiquement arriéré lors de la révolution et dont les acquis devaient être protégés face à une guerre menée sans relâche par l’ancienne classe dominante et des États capitalistes. Malgré cela, le jeune État socialiste était des décennies en avance sur le reste du monde en considérant les femmes à l’égale des hommes, grâce aux places qu’elles ont prises dans la lutte. Le stalinisme a, par la suite a aboli d’importantes réalisations telles que la loi sur l’avortement et le divorce.

Dans le reste de l’Europe, et en particulier en Allemagne, les premiers journaux et organisations féministes voyaient le jour et la lutte pour le droit de vote des femmes était à l’ordre du jour. Les travailleuses radicalisées se sont organisées dans la lutte pour le droit de vote et l’égalité. Elles ont affirmé leurs revendications dans les organisations du mouvement ouvrier, même quand celles-ci y étaient tournées en dérision. En raison de leur salaire inférieur, les femmes sont aussi naturellement devenues des militantes sur les questions salariales.

En Allemagne, le ‘‘mouvement des femmes prolétariennes’’ était déterminé à favoriser l’organisation des femmes et à mener une lutte commune de toute la classe ouvrière (l’ensemble des travailleuses, des travailleurs et leurs familles) pour améliorer leurs conditions de vie. Sous la pression de la révolution allemande de 1918, un certain nombre de lois ont dû être promulguées : les femmes ont obtenu le droit de vote, ont été admises à d’autres fonctions et professions et la loi sur la protection de la maternité a été adoptée. Malgré les conquêtes qui ont pu être obtenues, la contre-révolution a mis un temps sur pause la Journée des droits des femmes qui n’eut pas lieu en 1919. Il a fallu attendre 1922 et l’appel lancé par l’Internationale Communiste pour que cette journée ait lieu à date fixe – le 8 mars – et s’impose à travers le monde.

Question de genre ou question de classe ?

La protagoniste du mouvement des femmes prolétariennes, Clara Zetkin, a mis en garde contre les illusions du mouvement féministe bourgeois dont la volonté et l’action sont axées sur une lutte genrée pour réformer l’ordre bourgeois, plutôt qu’une lutte de classes pour la construction d’une société socialiste, orientée vers les besoins de toutes et tous. Elle ajoutait également qu’une telle approche pouvait avoir une influence trompeuse et paralysante sur de grandes masses d’ouvrières.

Dans les années 60 et 70, divers courants, en particulier en Occident, ont discuté la relation entre genre et domination. Un nouveau féminisme bourgeois – considérant la domination de genre comme étant détachée de la domination de classe – s’est répandu et certains de ces groupes ont cherché à unir leurs forces avec la partie féminine de la classe ouvrière. Depuis, de nombreux mouvements dit féministes ont continué sur cette lancée, que ce soit ceux qui se sont développés dans les années ‘90 ou ces dernières années et tendent à placer l’homme, plutôt que la société, au cœur du problème.

Les femmes de la classe ouvrière – les salariées  – ont pourtant mille fois plus en commun avec leurs collègues masculins qu’avec une ministre telle que Maggie De Block, secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration et avant ça ministre de la Santé, qui a orchestré des coupes massives dans les soins de santé au détriment des travailleurs du secteur – principalement des travailleuses – et de notre santé ; de chefs d’entreprises tels que Dominique Leroy à la tête de Proximus, où 1.900 emplois sont menacés ; ou encore des milliardaires tels qu’Alice Watton, l’une des héritières de Walmart, la multinationale au plus gros chiffre d’affaires au monde, mais où le salaire des employés de la chaîne de grande distribution – majoritairement des femmes – sont le plus souvent sous le seuil de pauvreté. Le capitalisme ne change pas en devenant plus féminin.

L’émancipation des femmes nécessite une lutte des femmes et des hommes contre un système reposant fondamentalement sur l’inégalité et la discrimination, un système qui répand chaque jour des tonnes de préjugés pour diviser le mouvement des travailleurs. La seule manière de parvenir à une société véritablement égalitaire, c’est de combiner la lutte contre le sexisme à la lutte pour une société socialiste. Un premier pas est maintenant franchi en Belgique, ce dont se réjouit la campagne ROSA. Nous contribuerons à en faire un premier succès, en soutenant la grève dans les entreprises là où c’est possible, et en construisant la lutte au travers de manifestations le 8 mars.


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ROSA organise des actions, des événements et des campagnes pour combattre le sexisme et le système qui l’entretient : le capitalisme.