[USA] Adoption brutale de projets de loi sur l’avortement – Ripostons contre la droite !

Fin mai, l’Assemblée législative de l’Alabama, sous contrôle républicain, a adopté – et le gouverneur l’a signé – une interdiction quasi totale de l’avortement. Il s’agit désormais de la loi la plus restrictive sur l’avortement aux USA depuis l’arrêt Roe v. Wade de la Cour suprême en 1973.

Ce projet de loi de l’Alabama rend l’avortement illégal à n’importe quel stade de la grossesse – sauf lorsque la vie de la mère est en danger – et menace ceux qui pratiquent des avortements de 99 ans de prison. Il ne s’agit là que d’une des nombreuses récentes lois d’Etats qui tentent apparemment de se surpasser les unes les autres dans leur barbarie. Des projets de loi en fonction des « battements du cœur » ont été adoptés au Kentucky, au Mississippi, en Géorgie et en Ohio, et interdisent les avortements après qu’un battement cardiaque fœtal soit détecté (habituellement entre 6 et 8 semaines), souvent avant même que la mère sache qu’elle est enceinte.

L’interdiction en Alabama, ainsi que des projets de loi similaires en cours dans d’autres États, contestent directement la loi fédérale – ce qui est exactement leur intention. L’objectif clair de la droite chrétienne – en soutenant ces projets de loi – est de faire pression sur la majorité conservatrice de la Cour Suprême pour qu’elle revienne l’arrêt Roe v. Wade.

La droite divisée

Il existe cependant de réelles divisions au sein du parti républicain sur ces projets de loi – en particulier celui de l’Alabama – et en réalité, ils représentent une surenchère de la part des partisans de la ligne de droite dure. Seulement 14 % des Américains appuient une loi extrême comme celle de l’Alabama et les deux tiers des Américains s’opposent à l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade.

Si le Parti républicain se rangeait derrière ces interdictions extrêmes de l’avortement, ses chances de conserver la Maison-Blanche et de reprendre la Chambre des représentants en 2020 seraient compromises. C’est pour cette raison que la présidente du Comité National républicain a déclarée publiquement qu’elle s’opposait à la loi de l’Alabama et que des personnalités de droite populaires comme la polémiste républicaine Tomi Lahren s’y sont également opposé – en la dénonçant comme trop restrictive.

La loi d’Alabama sera très probablement annulée par la Cour Fédérale. Plutôt que de l’interdire complètement, la Cour Suprême est quant à elle plus susceptible d’adopter à l’avenir des projets de loi qui restreignent l’avortement.

Mais il n’y a pas lieu de se reposer sur ses lauriers. Roe v. Wade, qui fut la victoire la plus importante du mouvement pour l’émancipation des femmes des années ‘60 et ‘70, est plus en danger aujourd’hui qu’à n’importe quel autre moment depuis 1973.

Lorsque la Cour suprême entendra une affaire susceptible de revenir sur cette victoire, il y aura un tollé d’indignation. Il faut toutefois souligner que ce qui a été gagné dans les années ‘60 et ‘70 a déjà été lentement érodé par les lois des États limitant certaines pratiques d’avortement, pénalisant les praticiens de l’avortement, etc.

Pour gagner le combat historique visant à conserver – et à étendre – les acquis de l’affaire Roe c. Wade, nous devons commencer dès maintenant à construire un mouvement capable de défendre le droit à l’avortement et d’en élargir le champ d’application.

Une contre-attaque s’impose

Ces cinq dernières années, nous avons connu une recrudescence de la résistance des femmes aux États-Unis. Les femmes ont participé en grand nombre à aux manifestations contre Trump et une énorme politisation autour de la question du harcèlement sexuel a pris son envol grâce à #Metoo.

Bien qu’il y ait une grande colère au sujet de la législation anti-femmes en Alabama, en Géorgie et dans d’autres États, et une réelle crainte quant à ses implications, nous n’avons pas encore vu de mobilisation massives pour s’y opposer. Il n’y a eu que de petits rassemblements à travers le pays.

Malheureusement, la responsabilité de cette situation incombe principalement aux principales organisations comme NOW, NARAL et Planned Parenthood qui, malgré leur visibilité importante, n’ont pas fait d’efforts sérieux pour lancer une riposte coordonnée.

La direction du Parti Démocrate a joué un rôle épouvantable dans la protection du droit à l’avortement. La présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, la démocrate Nancy Pelosi, a ainsi déclaré que les démocrates n’ont pas à « suivre la ligne du parti » sur l’avortement. Certains démocrates ont clairement pris ce laissez-passer à cœur. Le gouverneur du parti démocrate de Louisiane, John Bel Edwards, est par exemple prêt à signer d’un jour à l’autre un projet de loi sur les « battements de cœur du fœtus ». Cela illustre l’absolue nécessité de disposer d’un nouveau parti qui se battra sans pitié et avec constance pour la défense des droits des femmes.

En l’absence d’une direction combative offerte par les organisations féministes traditionnelles ou l’establishment du Parti Démocrate, de nouvelles forces devront se présenter pour aider à organiser la riposte. Cela pourrait conduire à la création de nouvelles organisations de défense des femmes.

Il convient également de tirer les leçons des victoires historiques remportées ces dernières années au niveau international en matière de droit à l’avortement – en particulier l’abrogation du 8e amendement de la constitution irlandaise qui interdisait l’avortement – qui étaient tout aussi horribles que la loi proposée en Alabama.

Les femmes ont non seulement été au centre de la lutte contre Trump, mais elles ont aussi joué un rôle crucial dans une grande partie des récentes grèves des enseignants, des infirmières et des employés d’hôtel.

Les syndicats devraient rejoindre la lutte pour un avortement gratuit, légal et sûr sur demande dans le cadre d’une lutte plus large visant à obtenir la gratuité des soins de santé. Bernie Sanders a déclaré que sa proposition d’assurance-maladie pour tous inclurait des soins gynécologiques complets et gratuits, ce qui constituerait un grand pas en avant. Les syndicats peuvent utiliser leur poids social considérable pour lutter aux côtés des organisations féministes en faveur de cette revendication, ainsi qu’en faveur de la gratuité et de l’universalité des services de garde d’enfants et des congés parentaux payés pour offrir aux familles de travailleurs un véritable choix.

Le fait d’être forcées de mener à terme une grossesse non désirée peut avoir des conséquences dévastatrices pour les femmes pauvres et les travailleuses. Le rôle de la classe ouvrière organisée est essentiel dans cette lutte.

Il ne fait aucun doute qu’un nouveau mouvement pour les droits des femmes est en train d’émerger et que les attaques récentes pourraient inspirer l’organisation de ce mouvement et permettre de développer une nouvelle direction combative.

Bien que ces nouvelles lois seront presque certainement abrogées, des menaces importantes contre Roe v. Wade se profilent à l’horizon et nous devons rapidement mettre sur pied les forces nécessaires pour vaincre ces attaques quand elles surviendront.

Socialist Alternative’ se bat pour construire l’aile féministe socialiste du mouvement pour l’émancipation des femmes qui s’oriente vers les femmes de la classe ouvrière et souligne le lien qui existe entre la lutte pour la libération des femmes et la fin du capitalisme.


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ROSA organise des actions, des événements et des campagnes pour combattre le sexisme et le système qui l’entretient : le capitalisme.