Des féminicides par dizaines de milliers, 98% des femmes victimes de harcèlement sexuel

En préparation de la manif du 24 novembre, pourquoi ne pas mettre une affiche aux valves syndicales, de ton école ? Cela pourrait susciter des discussions intéressantes ; organiser une réunion (informelle) durant un temps de midi sur le rôle que l’on peut jouer avec le syndicat contre ce fléau ; et motiver des collègues et/ou leur délégation syndicale à se rendre ensemble à la manifestation en arborant les couleurs de leur syndicat?

Une fatalité ?

Le décompte macabre des féminicides – le meurtre d’une personne en raison de sa condition féminine – s’est poursuivi au cours de l’été. Fin août, on dénombrait en Belgique déjà 14 victimes depuis le début de l’année. En 2018, on en recensait 36 et au moins 39 en 2017. Un nouveau rapport des Nations Unies sur les homicides révèle que 87.000 femmes ont été assassinées dans le monde en 2017, 58% d’entre elles l’ont été par leur partenaire ou un membre de leur famille (1).

Le sexisme n’a heureusement pas toujours des conséquences aussi funestes, sinon nous ne compterions plus beaucoup de femmes sur terre. En effet, 98% des femmes en Belgique ont au moins une fois été victimes de harcèlement sexuel dans l’espace public (insultes, attouchements, remarques sexistes, etc.) selon l’enquête ‘‘Mon expérience du sexisme’’ réalisée par l’ASBL ‘‘Touche pas à ma pote’’. À l’occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes, une manifestation nationale prendra à nouveau place le 24 novembre prochain à l’initiative de la plateforme Mirabal.

Sécuriser l’espace public, impossible ?

On ne peut pas se tromper. Les métros et trains sont redevenus des boites à sardines, la rentrée des classes est bien passée par là. Cette promiscuité et le manque de personnel pour assurer la sécurité facilitent les agissements des agresseurs. On ignore même souvent qui nous met la main aux fesses et surtout comment s’en prémunir ! Aux arrêts, les publicités qui présentent les femmes comme des objets n’aident pas: pourquoi ne pas traiter les femmes comme tel ?

Des mesures qui prennent le problème à bras le corps existent ; c’est un choix politique de ne pas y consacrer de budget. Plutôt que des wagons réservés aux femmes, il est nécessaire d’accroître l’offre de transports publics, afin qu’ils ne soient plus bondés, ce qui rend les femmes très vulnérables aux contacts non désirés. Avec un meilleur service en soirée et la nuit, nous pourrions aussi rentrer en sécurité après une sortie. Davantage d’agents dans les transports publics – également formés à la prévention et la gestion du harcèlement – permettraient de répondre au problème, y compris avant même qu’il ne se pose. Dans les bus et métros, cela fait longtemps que les politiques ont choisi d’économiser sur notre sécurité en supprimant ce poste, et ce malgré l’opposition obstinée des syndicats. Dans les trains, le sous-effectif rend ce travail d’autant plus périlleux.

Pour la sécurité des voyageuses et des agents, contre la surcharge de travail, il faut nous battre au côté des cheminots pour un refinancement du rail ! C’est pourquoi la campagne ROSA soutient pleinement les grèves des cheminots qui ont pris place cet été (voir en page 5). Ces luttes doivent être liées les unes aux autres !

Les publicités sont souvent la seule touche colorée dans les gares décidément bien grises. Réduire l’espace des entreprises commerciales – avec tout leur sexisme – serait également un pas en avant. Se limiter à rendre obligatoire la mention ‘‘photo retouchée’’ ou interdire complètement l’utilisation des femmes comme objets pour que ces pubs soient remplacées par des affiches pour des produits d’entretien à destination des ‘‘bonnes ménagères’’ ne serait pas encore un pas en avant. Par contre, les remplacer par des panneaux d’informations sociales et culturelles pour les nombreuses organisations qui font du travail social, pour les groupes locaux qui organisent des activités dans le quartier,… ou par des projets artistiques, ça, ça serait intéressant. Mais cela demande de ne pas financer nos transports publics par la pub, mais en allant directement chercher l’argent dans la poche des actionnaires de ces grandes enseignes.

#PasTaPotiche

Ce hashtag s’est popularisé cet été(2). En effet, beaucoup de jeunes femmes trouvent un job étudiant comme hôtesse. Ces dernières dénoncent leurs conditions de travail désastreuses où on attend d’elles qu’elles se conforment en silence et avec le sourire à certains canons de beauté : tailleurs jupe taille 36 et escarpins à talons quel que soit la météo et le nombre d’heures passées debout. Il n’existe d’ailleurs pas de Comité pour la prévention et la protection au travail (CPPT) qui éviterait aux travailleuses de prendre froid et pallierait les problèmes aux pieds et au dos liés au port des talons. Elles sont là pour donner un aspect ‘‘glamour’’ à une compétition sportive comme le Tour de France, embellir un produit, le rendre ‘‘sexy’’ (entendre par là ‘‘attrayant’’, ‘‘aussi beau que la fille’’, ‘‘vous pourriez l’avoir à votre bras si vous vous procurez ce produit’’).

Pour de nombreuses jeunes, il s’agit d’un revenu indispensable, mais elles sont immanquablement considérées comme des objets ou comme tellement en bas de l’échelle que cela autorise tout et n’importe quoi. Subir les propos et les gestes déplacés à longueur de journées fait partie du descriptif de fonction ‘‘rester souriante en toutes circonstances’’. Et, si elles n’obtempèrent pas, on ne les rappelle plus !

Cette situation ne se limite évidemment pas à ce secteur. La porte-parole brugeoise du Comité genre de la FGTB, Dorine Cordy, soulève toutefois dans De Standaard une évolution – limitée – suite à la pression exercée par #MeToo(3). La problématique du harcèlement sexuel est discutée entre collègues, et n’est plus considérée comme normale.

Le sexisme est davantage pris en compte par le management dans les grosses boîtes, car, contrairement aux PME, elles bénéficient d’un conseiller en préventions au sein du CPPT. Heidi Henkens, conseillère chez Mensura ‘‘reçoit beaucoup plus de questions de la part des entreprises à un moment où les médias accordent beaucoup d’attention aux comportements ‘transfrontaliers’ au travail’’(4). Par contre, la syndicaliste Cordy soulève que dans les petites entreprises, la situation est plus problématique. En l’absence d’un Conseiller en prévention, d’une Personne de confiance(5) et de délégation syndicale, la travailleuse se retrouve seule face à son supérieur hiérarchique, régulièrement auteur du problème. Lorsque la victime ose parler, c’est au péril de ses ‘‘horaires de travail ou des dispositions de vacances […] ça se termine souvent par un autre travail. Ou avec un burnout.’’ À une époque où il est difficile de trouver un emploi et de payer ces factures, beaucoup de femmes choisissent de se taire.

Lutter collectivement pour une autre société

Les législations symboliques (la loi anti-sexiste contre le harcèlement de rue guère applicable, la Convention d’Istanbul que la Belgique ne respecte même pas, etc.) ne sont que des gouttes d’eau dans l’océan si on ne s’attaque pas au nœud du problème : la situation matérielle des femmes faite d’emplois précaires et mal payés, d’une deuxième journée de travail domestique après l’emploi rémunéré par manque de services publics, l’utilisation de leurs corps pour faire des profits, etc. Nous ne pourrons changer la position de second rang des femmes et le sexisme quotidien sur lequel il repose largement sans nous battre.

Avec la campagne ROSA, nous voulons mettre en avant ce qui uni les différentes luttes entre elles. Nous plaidons pour une plus grande implication des syndicats dans les luttes contre l’oppression spécifique des femmes, mais aussi pour des campagnes de syndicalisation des secteurs les moins syndiqués (les femmes y sont systématiquement surreprésentées). En préparation de la manif du 24 novembre, pourquoi ne pas mettre une affiche aux valves syndicales ? Cela pourrait susciter des discussions intéressantes ; organiser une réunion (informelle) durant un temps de midi sur le rôle que l’on peut jouer avec le syndicat contre ce fléau ; et motiver des collègues et/ou leur délégation syndicale à se rendre ensemble à la manifestation en arborant les couleurs de leur syndicat? Le mouvement ouvrier – les travailleurs et travailleuses, ainsi que leurs familles soutenues par leurs organisations – a le pouvoir potentiel, à la fois numériquement et par sa position dans la production, de gagner cette lutte.

 

1) https://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/gsh/Booklet_5.pdf
2) www.liberation.fr, article mis en ligne le 15 août 2019, Hôtesse, j’ai eu l’impression d’être déshumanisée, transformée en poupée du client.
3) www.standaard.be, article mis en ligne le 17 août 2019, #Metoo in vlaamse bedrijven ‘Er is een duidelijke tendens naar nultolerantie’
4) www.standaard.be, article mis en ligne le 17 août 2019, #Metoo in vlaamse bedrijven ‘Er is een duidelijke tendens naar nultolerantie’
5) La personne de confiance, désignée par l’employeur, est disponible en cas de souffrances relationnelles au travail (conflits, harcèlement moral, …). Elle est censée informer, écouter, conseiller et aider les travailleurs à trouver une solution à la situation problématique.


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