Royaume Uni. ”Coucher avec la fille la plus pauvre”: le pari d’étudiants riches met en lumière le sexisme structurel au sein des universités

Certains étudiants en première année à l'Université de Durham (UK) ont fait un pari dans une conversation WhatsApp à propos de qui parmi eux réussirait à avoir un rapport sexuel avec l’étudiante la plus pauvre de leur année! Les messages qui ont circulé ne reflètent pas seulement le sexisme de ces personnes, mais aussi le fait que les femmes pauvres sont ciblées. 

Cette fois les nouvelles viennent du Royaume Uni et plus précisément de l’université de Durham, où certains étudiants en première année ont fait un pari dans une conversation WhatsApp à propos de qui parmi eux réussirait à avoir un rapport sexuel avec l’étudiante la plus pauvre de leur année ! La conversation a été illustrée par d’autres commentaires sexistes, ainsi que l’idée d’un des étudiants de verser une substance dans les boissons des filles pour ensuite abuser d’elles, donc de les violer! Ils justifient leurs propos en expliquant qu’il s’agit d’une conversation « entre mecs » – et donc que ce genre de commentaires est permis…

La fuite de la conversation a provoqué une énorme colère au sein de l’université, ainsi que de la société britannique; la direction de l’université a donc effectué une enquête et  le résultat a été l’expulsion d’un de ces garçons. Cette punition est peut-être juste, mais certainement pas suffisante en regard des autres présents dans la conversation whatsapp, qui n’ont pas réagi à ses propos, et qui n’ont pas non plus été punis.

Le harcèlement et la violence sexuelle dans les universités britanniques n’est pas quelque chose de nouveau. Selon une enquête de 2017, 36 plaintes pour aggression sexuelle ont été déposées en deux années aux seules universités de Durham et d’Oxford; également, en une seule année, 4 étudiants ont été jugés pour agression sexuelle et un d’eux a été condamné à une peine d’emprisonnement.

Mais il y a une question plus profonde qui se pose: les messages qui ont circulé ne reflètent pas seulement le sexisme de ces personnes, mais aussi le fait que les femmes pauvres sont ciblées. 

Un problème de genre, un problème de classe

Dans un système basé sur les inégalités qui génère le sexisme (ainsi que d’autres discriminations contre des groupes sociaux plus à même d’être précarisés, comme les personnes LGBTQI+, les réfugiés, les sans-papiers etc), toutes les femmes, de toutes classes sociales, peuvent être victimes de violence ou d’attaques sexistes. Et pourtant, les femmes originaires des couches sociales les plus basses sont plus vulnérables, parce qu’elles subissent à la fois le sexisme, et la précarité, de par leur position sociale, de leur appartenance à la classe des travailleurs.ses.

En effet, la précarité dûe à leur position sociale ne leur permet pas de pouvoir faire face aux violences sexistes de la même manière: elles utilisent les transports publics où elles peuvent y être harcelées, elles rentrent à pied chez elles le soir (et elles ont toujours peur) parce que les transports ne sont plus disponibles à partir d’une certaine heure et que beaucoup ne peuvent pas se payer un taxi ; elles ne peuvent pas s’échapper aussi facilement d’une situation de harcèlement sur le lieu de travail parce qu’elles ne peuvent pas se permettre de perdre leur emploi (si par exemple elles sont harcelées par leur patron, un manager, un client…), et comme elles subissent déjà l’écart salarial, et qu’elles sont souvent employées dans des secteurs à bas salaire, elles sont déjà en général plus précarisées que les hommes.

Les femmes originaires des couches sociales les plus pauvres sont considérées de manière négative et même méprisées par des personnes comme ces étudiants de Durham, qui en viennent à s’ “amuser” et faire des paris -comment identifier, duper et ensuite avoir un rapport sexuel (avec ou sans consentement) avec l’étudiante la plus pauvre de leur année ! Cette affaire a en tout cas toutes les caractéristiques pourries et toxiques des idées sexistes: l’arnaque, le mépris et le cas échéant, même le viol! Et bien évidemment, les victimes les plus faciles dans un tel pari ne sont autres que les étudiantes pauvres.

Il est évident dans un cas comme celui-ci que le sexe n’est pas le point principal : c’est le pouvoir structurel donné par cette société hierarchisée en classes, qui donne le sentiment de tout pouvoir à de jeunes personnes comme ces étudiants riches. On l’a vu notamment avec le phénomène Metoo: ceux qui sont riches et puissants se pensent intouchables et commettent les pires horreurs sous couvert de leur position sociale. Mais c’est les luttes féministes de ces dernières années qui ont fait tomber des magnats comme Weinstein, et qui a remis à l’agenda la question des violences sexistes, et du fait que, malgré tout ce qu’on a voulu nous faire croire, le sexisme est toujours bien présent aujourd’hui.

Le sexisme est aussi bien présent dans les écoles, universités, dans la rue, dans les transports, dans les lieux de travail. L’étude récente de l’Observatoire des violences sexuelles et sexistes dans l’enseignement supérieur (France) démontre notamment qu’une étudiante sur 20 a été victime de viol, une étudiante sur 10 a été victime d’agression sexuelle. En Belgique, l’étude de l’Université de Liège confirme combien les campus étudiants sont le cadre de nombreuses agressions sexuelles. Ce problème institutionnel n’est que le reflet de la société capitaliste, qui, de manière structurelle, génère les oppressions pour faire du profit, et diviser la classe des travailleurs.ses.

Lutte contre le sexisme, les discriminations et l’exploitation

Dans un système comme le capitalisme, qui opprime et exploite la classe ouvrière à plusieurs niveaux, la réponse ne peut être autre que la lutte commune contre toute forme d’oppression et de discrimination.

Le mouvement des travailleuses et travailleurs devrait intégrer et adopter les revendications des femmes travailleuses, leur donner la place et la parole pour s’exprime , et ne pas permettre des comportements sexistes en son sein. En même temps, le mouvement féministe devrait chercher ses alliés naturels dans les autres mouvements, comme le mouvement antiraciste, environnemental et bien évidemment le mouvement ouvrier, au lieu de les chercher au sein du féminisme bourgeois qui parle au nom de l’égalité, mais soutient le système qui se nourrit des inégalités.

En fin de compte, la lutte contre le sexisme est un pendant de celle contre les inégalités et les discriminations; pour qu’elle soit réussie, la lutte contre le sexisme doit faire partie d’un ensemble de luttes qui vont viser à renverser le système capitaliste, qui a comme objectif le profit des 1% de la population par l’exploitation du reste des 99% des travailleurs.

Sources

https://www.facebook.com/ROSANorthernIreland/posts/3605157122836556

http://net.xekinima.org/agglia-stoixima-protoeton-foititon/

https://thetab.com/uk/durham/2020/09/08/durham-boys-joke-about-sleeping-with-the-poorest-girl-competition-in-group-chat-48842

https://www.dailystar.co.uk/news/latest-news/uni-posh-lad-expelled-after-22736184

https://www.thesun.co.uk/news/2724727/we-expose-vile-culture-of-sexual-violence-at-durham-university-where-lads-play-fat-girl-rodeo-and-half-of-women-claim-to-have-been-attacked/


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ROSA organise des actions, des événements et des campagnes pour combattre le sexisme et le système qui l’entretient : le capitalisme.