8 mars/Namur – Action contre le sexisme et la précarité !

Samedi 10 mars, ROSA organisait une action dans les rues de Namur dans le cadre de la Journée Internationale de lutte pour les droits des femmes.

Voici quelques prises de paroles sur différents aspects du sexisme : le droit à l’avortement (Sarah), l’austérité et la précarité (Stefanie) et la marchandisation du corps des femmes (Laura).

Mon corps, mon choix ! (Sarah)

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant » (Simone De Beauvoir). 30 ans après la mort de l’auteure, ces paroles résonnent encore parmi nous.

Ces dernières années les droits des femmes et plus précisément les droits reproductifs ont été férocement attaqués, on voit aujourd’hui des offensives sur le droit à l’avortement et son accès, que ce soit dans les pays les plus conservateurs ou les plus progressistes.

Le cas du Texas :

Dans cet état traditionnellement républicain, les lois locales limitent dangereusement l’accès à l’avortement, droit constitutionnel au états unis d’Amérique. Il suffit en effet de mettre en place des réglementations si strictes que les organismes ne sont plus qualifiés à le pratiquer.

Aujourd’hui seule une poignée de clinique est habilitée à pratiquer un avortement dans un territoire plus étendu que la France. Concrètement, il faut prévoir plusieurs heures de déplacement, une nuitée sur place et les frais que cela engendre sans oublier les heures de travail perdues. Il est donc aisé de voir à quel point les décisions prises à l’égard des capacités reproductives des femmes peuvent impacter sur leur vie professionnelle.

Le cas de la Pologne :

Dans ce pays à forte tradition catholique, l’avortement a été libre d’accès et gratuit entre 1956 et 1993. Depuis il n’est autorisé qu’en cas de risque pour la mère, malformation grave du fœtus ou grossesse résultant d’un acte illégal (inceste, viol).

En 2016, une proposition de loi du parti conservateur visait une limitation encore plus drastique, seuls les cas de risque pour la mère seraient autorisés. Mais grâce à une mobilisation massive, avec près de 100 000 femmes dans les rues, ce projet de loi a été abandonné. En janvier 2018, une nouvelle proposition vise à supprimer le motif de malformation grave du fœtus, qui constitue 95% des avortements pratiqués.

Pour les militants anti-choix, il s’agit là « d’une forme d’eugénisme », mais il ne faut pas oublier que les allocations pour handicap sont complètement inexistantes en Pologne.

Malgré ces limitations, un sondage datant de 2013 montre que près d’une femme adulte sur trois a déjà eu recours à un avortement dans sa vie soit illégalement dans une clinique privée qui le propose soit dans d’autres pays de l’union européenne comme les pays bas où l’avortement est possible, sous conditions, jusqu’à la 22ème semaine de grossesse.

Le cas de l’Irlande :

Dans ce pays, le plus restrictif d’Europe, l’avortement n’est autorisé qu’en cas de risque mortel pour la mère. Un droit « à la vie » est inscrit dans la constitution irlandaise, dans le 8ème amendement notamment.

Suite à de nombreux scandales médiatisés, où de jeunes femmes sont mortes suite au refus des médecins de pratiquer un avortement sous-estimant le risque de décès, une mobilisation s’est organisée au niveau national et européen pour militer pour un accès libre à l’avortement et abroger l’amendement. Cette initiative reçoit un soutien populaire, une majorité de la population se disant en faveur d’un accès libre à l’avortement dans le pays.

De ses quelques cas, il faut retenir que l’avortement est sans cesse remis en question. Cela peut s’observer par des positions fermes quant à son interdiction ou par de nouvelles réformes visant sa limitation. Mais on peut aussi voir que la lutte est nécessaire et efficace pour le maintien et l’obtention de droit. Il faut alors se rappeler les mots de Simone De Beauvoir, rester vigilantes et lutter.

L’avortement est un droit absolument nécessaire mais non suffisant, en prenant du recul, on se rend compte qu’il fait partie d’un ensemble de mesure visant à garantir la possibilité de choisir des femmes quant à leurs capacités reproductives. Sans une politique sociale efficace de prise en charge des enfants, de cours d’éducation sexuelles et affectives, un accès libre et gratuit à des moyens de contraception, cette possibilité de choix est compromise. Et c’est sur cela qu’il faut focaliser nos demandes, permettre à chacun et chacune de choisir ceux à quoi il ou elle décide de consacrer son existence.

L’égalité sur papier n’est pas suffisante ! La précarité rend les femmes vulnérables (Stefanie)

Aujourd’hui, en Belgique, on a obtenu l’égalité entre hommes et femmes. Depuis 2014, il existe même une loi contre le harcèlement. Légalement, le sexisme n’existe plus. Pourtant, selon une étude de Vie Féminine, 98% des jeunes femmes a déjà vécu du sexisme dans l’espace public .

Et partout autour de nous, nous voyons des images du corps féminin présenté comme un objet, que ce soit à la télé ou sur les panneaux publicitaires. Et quant au marché de l’emploi : les femmes sont surreprésentées dans les temps partiels, et dans les secteurs précaires à bas salaires : caissières, infirmières, nettoyage, titres-services …

Et comme ce sont souvent les femmes qui touchent le plus petit salaire au sein d’un couple, ce sont elles qui vont rester à la maison pour s’occuper des enfants ou d’un autre membre de la famille. Et ce sont donc aussi toujours les femmes qui s’occupent majoritairement des tâches ménagères.

Dans la réalité, le sexisme est toujours bien présente – malgré les lois qui devraient garantir égalité et liberté.

La précarité rend les femmes vulnérables aux violences. Car il n’existe pas de liberté sans indépendance financière.
Les femmes qui sont confrontées aux violences psychologiques ou physiques au sein du couple, se trouvent souvent devant le choix : la violence ou la pauvreté. Idem pour les femmes qui subissent le harcèlement sexuel au travail : subir ou perdre son boulot.

La politique d’austérité que mène le gouvernement actuellement ne fait que aggraver la situation des femmes.

Le désinvestissement dans les services publics alourdit la charge des femmes : la pénurie et la cherté des crèches et la situation désastreuse dans les maisons de repos à cause du manque de personnel, font que de plus en plus de femmes doivent gérer elles-mêmes le soin des enfants ou des personnes âgées au sein de la famille.

Les économies dans les soins de santé font que les conditions de travail deviennent encore plus pénibles dans ce secteur principalement féminin.

Le manque de moyens dans les services publics pousse aussi à externaliser des services comme le nettoyage, la cantine, … aux entreprises privées dont l’objectif est le profit. Résultat : des emplois décents se transforment en emplois précaires et les services sont de moindre qualité.

Qui est responsable ?

Les hommes ? Profitent-ils des bas salaires ? ou les immigrés, comme Théo Francken aimerait nous le faire croire ? Est-ce que le racisme serait la réponse au sexisme ? Ou les femmes elles-mêmes, en posant des mauvais choix de carrière, ou en provoquant le harcèlement par leur style vestimentaire ?

Bien sûr que non !! Le sexisme fait partie de notre système.

Pour libérer les 50% des femmes, il nous faut libérer les 99%. Luttons contre les bas salaires et les emplois précaires, contre la politique en faveur des 1 %. Parce qu’il n’existe pas d’égalité ou de liberté dans un cimetière social.

Ce que nous gagnons en un an de travail, les CEO des plus grandes entreprises en Belgique gagnent en 2 semaines. Pour l’an dernier, les bénéfices des 18 sociétés du Bel 20 totalisent un montant total de 22,2 milliards d’euros. Un montant tout proche du record de 2006!

L’argent existe pour investir des services publics, pour avoir plus de crèches publiques, un enseignement réellement gratuit avec de l’attention spécifique pour le développement de chaque enfant, des maisons de repos où on s’occupe de nos personnes âgées avec dignité. Pour prendre en charge collectivement des tâches qui reposent aujourd’hui sur les épaules des femmes.

L’argent existe pour une diminution du temps de travail, pour des emplois de qualité qui nous permettent de combiner vie de famille, vie professionnelle et loisirs. Battons-nous avec les hommes contre la politique en faveur des 1% qui ne vise que la rentabilité au lieu de l’utilité publique, leurs profits au lieu de nos besoins.

Stop à la marchandisation du corps des femmes ! (Laura)

Est-ce que cette image vous fait rire ( voir pub homme dénudé ) ? Et maintenant est ce que cette image vous fait rire ( voir pub femme dénudée ) ? Nous sommes tellement habitués à l’objectivation du corps de la femme que cela ne nous fait même plus réagir. Ce qui est acceptable pour les femmes ne l’est pas pour les hommes. Nous avons intégré l’idée qu’il était normal de voir des femmes nues pour vendre des déodorants ou des yaourts.

Le sexisme fait vendre. Dans la publicité, le corps de la femme est très souvent utilisé comme un outil marketing, une machine pour faire vendre; Auparavant elle était une parfaite ménagère et depuis mai 68 il y a récupération de la libération sexuelle et elle est en permanence dénudée.

Les hommes n’ont jamais dû se dévêtir pour avoir des droits. Dans les médias, les films, les clips, les magazines et évidemment dans le porno, on a une standardisation de ce que doit être le physique d’une femme. Pour exemple prenons un concours de miss, toutes ces femmes se ressemblent, même morphologie, même coiffure,…

Le problème n’est pas d’avoir ce physique là mais qu’il n’y ait que ce type de physique qui soient représentés. Nous consommons, absorbons en permanence des formes stéréotypées de la féminité. Il n’est dès lors pas étonnant que les femmes ressentent une grosse pression sur leur physique.

Dès l’enfance, les femmes apprennent qu’elles seront essentiellement évaluées sur leur physique. Cette pression engendre des marchés ultra rentables; la chirurgie, les cosmétiques, les régimes,… L’Europe reste le 1er marché pour l’industrie cosmétique avec des recettes de 72 milliards en 2013. On peut très clairement voir que le sexisme profite à une minorité de riches industriels.

L’image dans notre société est très importante donc l’image de femme objet sexuel a forcément des conséquences dans notre quotidien. Chez les petites filles par exemple, il a été montré que 5 fillettes de 6 ans sur 6 se trouvaient trop grosses.

Évidemment, par la suite, ces jeunes filles seront plus susceptibles de consommer beaucoup pour leur apparence. Une autre étude a démontré qu’alors qu’à l’adolescence, les garçons avaient tendance à gagner de la confiance en eux, les jeunes filles avaient tendance à perdre confiance en elles.

Cette perte de confiance aura un impact négatif sur tous les aspects de leurs vies. Mais la marchandisation du corps des femmes a aussi un impact sur les violences physiques et morales faites aux femmes en général. En effet c’est un peu comme une rue sale : si une rue est sale nous éprouvons moins de remords à jeter un déchet de plus.

Si dans les médias et notamment dans les clips, nous véhiculons une image hyper sexualisée de la femme, j’aurai moins de gêne à adopter une attitude hyper sexualisée avec les femmes que je croise. Rappelons que 98% des femmes déclarent avoir été harcelées au moins une fois dans leur vie. Que 36% des femmes ont déjà été victime de violence physique ou sexuelle. Qu’1 femme mineur sur 10 a déjà été victime d’un viol ou d’une tentative de viol.

Pourquoi très souvent la femme est réduite à un objet de fantasme utilisé pour faire rentrer du cash et non pas l’homme ? Les femmes ont en moyenne toujours gagné moins d’argent que les hommes. Et moins d’argent égale malheureusement dans notre société, moins de pouvoir. C’est une des racines du sexisme.

Les femmes sont considérées comme des êtres définis à partir des hommes et non à partir d’elles-mêmes, donc des êtres de seconde zone, et l’objectivation de la femme renforce ce statut. Pour preuve tout ce qui est féminin dans notre société est dévalorisé, moqué : « ça c’est bien un truc de gonzesse », « tu cours comme une fille/ femmelette »,… les activités considérées comme typiquement féminines sont superficielles; si vous aimez le maquillage vous serez jugé étant une cruche, une pimbêche peu importe si vous avez un doctorat en ingénierie.

Nous pouvons aussi marquer une certaine soumission des femmes au regard de la société; une femme n’a qu’un seul droit, être dans la norme – ni trop libéré, ni trop sage. Et son image, son corps, son poids, ses formes, ses poils, sont contrôlées, maitrisés.

 


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