1- Le 1er avril a donné lieu à une journée d’interpellation du secteur de la petite enfance.
Les partenaires sociaux (FILE, Unessa, CNE, SETCA, CGSLB) ont organisé une conférence de presse. En parallèle, des actions syndicales de visibilisation et de demande de reconnaissance ont été menées sur le terrain. Force est de constater que ces deux actions ne furent possibles que par la prise de conscience et le début de la radicalisation des puéricultrices.
2- Elles l'ont exprimé maintes fois, d'abord timidement, puis la déception a pris le dessus et la colère s'est installée. L'inhumanité d'un monde qui maltraite, ignore et finalement injurie un secteur féminisé à outrance, où les salaires sont bas et les conditions de travail très difficiles.
3- Comme le soulignaient les interlocuteurs sociaux, avec les crises économiques successives et l’intégration massive des femmes dans le monde du travail, l’accueil de l’enfant est devenu un enjeu majeur de l’employabilité. Lorsque les premières crèches voient le jour en Belgique en 1845, elles sont destinées à permettre aux mères de se rendre au travail et à protéger les enfants de la maladie. Véritables lieux de « garde » destinés aux familles ouvrières, elles remplissaient des fonctions sanitaires et économiques. ll s’agissait de permettre à l’outil économique de trouver de la main d’œuvre bon marché et de faire tourner l’économie en rentabilisant au maximum les infrastructures et les machines. Pour beaucoup, le secteur est devenu un assistant indispensable de la production économique, que ce soit au premier degré ou au second degré (accueil des enfants libérant ainsi le personnel pour les fonctions de soutien : santé, aide aux familles, accueil et aide aux personnes handicapées, aux personnes âgées, etc.).
La pression pour une plus grande flexibilité d’accueil correspond à la même logique: il s’agit avant tout de libérer les parents quand l’économie a besoin de ressources humaines y compris pour un travail dérégulé, la nuit, tôt le matin, tard le soir, le week-end. La répartition actuelle de l’offre d’accueil répond assez fidèlement à ces impératifs économiques. Par contre, il est toujours aussi compliqué d'obtenir des places d’accueil pour les parents éloignés du marché du travail.
Dans les années 1950, de nouvelles recherches menées par René Spitz (psychiatre et psychanalyste américain) mettent en évidence les carences affectives infligées aux enfants au sein des services de garde. Dans cette lignée, d’autres chercheurs (Montessori, Pikler, etc.) démontrent les capacités et compétences du jeune enfant, ainsi que l’importance de cette période pour son développement ultérieur. Sous l’influence de ces études, les structures de garde évoluent en milieux d’accueil où l’éveil et l’éducation du tout-petit sont aussi prioritaires que les normes d’hygiène sanitaire. Les aménagements des espaces sont repensés pour offrir une meilleure qualité de l’accueil tout en assurant la sécurité des enfants accueillis. Ces lieux d’accueil ne sont plus destinés uniquement aux familles défavorisées mais à toutes les familles.
4- Lorsque, au début de l’épidémie, il a été demandé aux crèches de rester ouvertes afin de pouvoir accueillir les enfants du personnel de première ligne, le taux d’occupation des crèches a chuté. Cette baisse a logiquement entraîné un manque à gagner considérable, qui n’a été compensé que partiellement par les mesures prises par le Gouvernement de la FWB (mesure de compensation fixée à 5,33 EUR par enfant par jour d'absence – soit moins d’un tiers du montant moyen habituellement perçu par les institutions). Pire encore, ces mesures de soutien, aussi insuffisantes qu’elles aient été, ont subitement pris fin le 17 mai 2020, date à partir de laquelle il a été demandé aux parents de remettre leur enfant en crèche, sous peine de se voir facturer des journées d’absence injustifiée. En réaction à cette annonce, le nombre de certificats médicaux remis aux crèches a explosé, ce qui a, à son tour, entraîné un manque à gagner conséquent puisqu’il s’agit d’un cas d’absence justifiée pour lequel les parents sont dispensés de payer la PFP, sans qu’aucun mécanisme de compensation n’existe pour couvrir cette perte. Même si le Gouvernement a adopté des mesures de soutien visant à pallier ces problèmes (possibilité pour les parents de demander une dérogation à l’obligation de payer la participation financière), elles se sont révélées tout à fait insuffisantes, d’une part, et bien trop lourdes en termes de charge administrative (demandes individuelles pour chaque période d’absence de chaque enfant à faire valider selon une procédure en 3 étapes), d’autre part.
Enfin, ces mesures ne sont jamais reconduites automatiquement lorsque leur période de validité arrive à échéance. Ainsi, lorsque les mesures sont arrivées à échéance une première fois le 30 août 2020, il a fallu attendre le 12 novembre 2020 pour voir les mesures réactivées à partir du 1er novembre 2020 (après levée des boucliers du secteur, l'annonce a été faite un mois plus tard, le 17 décembre 2020, précisant que les mesures auraient un effet rétroactif au 1er octobre 2020). Bis repetita au 28 février 2021, nouvelle date annoncée pour la fin des mesures. A nouveau, les milieux d’accueil sont restés dans l’incertitude quant à leur sort pendant plus d’un mois, jusqu’à ce que la pression exercée par les médias force à annoncer une nouvelle prolongation des mesures jusqu’au 30 juin 2021. On estime, pour le secteur associatif, une perte de minimum 10.000 EUR par institution.
En ce qui concerne les accueillantes conventionnées, la situation financière individuelle de certaines est catastrophique. Faute de statut de salariée, leur revenu est directement lié à la présence des enfants. Certaines ont vu leur revenu fondre de façon massive, malgré un petit soutien financier de compensation. On relève de nombreux appels au secours, mais aussi des défections avérées ou annoncées pour le proche avenir.
Interpellation pour le secteur de la petite enfance !
Texte de Anne Vanesse.
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Publié le 5 mai 2021 dans la catégorie
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