Un salaire minimum de 14€ brut / heure: une revendication féministe !

En Belgique, le salaire minimum scandaleusement bas : 9,65€ brut / heure. Avoir un emploi ne garantit pas de vivre dignement : 230,000 salariés – soit 5% de la population active – sont considérés comme pauvre et 15% des employés gagnent moins de 2.300€ brut/mois (environ 1,400€ net). Ces chiffres alarmants et les nombreuses attaques […]

En Belgique, le salaire minimum scandaleusement bas : 9,65€ brut / heure. Avoir un emploi ne garantit pas de vivre dignement : 230,000 salariés – soit 5% de la population active – sont considérés comme pauvre et 15% des employés gagnent moins de 2.300€ brut/mois (environ 1,400€ net). Ces chiffres alarmants et les nombreuses attaques des gouvernements sur nos conditions de vie et de travail aggravent le phénomène. Ces mesures touchent, de plus, davantage les femmes. ‘‘Tout augmente sauf nos salaires’’ comme le martèle la campagne de la CGSP-ALR depuis 1 an !

Salaire des femmes toujours un salaire d’appoint ?!

L’écart salarial annuel entre les hommes et les femmes en Belgique est de 21%. Cet écart s’explique principalement par la surreprésentation des femmes dans le travail à temps partiel. Ainsi, dans le secteur privé, 41,6% des salariées travaillent à temps partiel, contre 7% des hommes. Selon une enquête du Monde selon les femmes (1), seuls 8% des femmes choisissent délibérément de travailler à temps partiel.

Le manque de place en crèches, les horaires d’école, le manque de structure d’aide aux personnes âgées ou malades oblige de nombreux travailleurs et surtout travailleuses à compenser cela. Et lorsqu’il faut diminuer un temps de travail dans le couple, c’est généralement la personne qui gagne le moins qui le fera, le plus souvent la femme. Ainsi, 23% des travailleuses prennent ‘‘volontairement’’ un temps partiel.

De plus, en Belgique, 83% des offres d’emploi à temps partiel concernent des secteurs occupés majoritairement par des femmes. Or qui dit temps partiel, dit salaire partiel ! Le salaire des femmes est encore trop souvent considéré comme un revenu d’appoint pour la famille plutôt que comme un salaire à part entière. Sans compter que ces dernières doivent souvent assumer une deuxième journée de travail au domicile, et non rémunéré.
De plus, de nombreuses femmes n’obtiennent pas un job ou une augmentation salariale car elles sont enceintes ou qu’elles avouent vouloir des enfants. Durant le congé de maternité, l’écrasante majorité des femmes ne perçoivent que 70% de leur salaire, alors que c’est durant cette période que les violences domestiques explosent (2). La grande majorité de femmes n’arrive donc jamais à une carrière complète de travail avec des conséquences pour leur pension : près de la moitié des femmes perçoivent une pension inférieure à 1.000 €/mois (3).

Plus généralement, les bas salaires contribuent au manque de considération dont pâtissent les femmes dans la société, ce qui alimente le sexisme quotidien. Parmi les 10% de travailleurs qui gagnent le moins, 70% sont des femmes ! (4) L’enseignement l’illustre très bien. La majorité des emplois les moins payés sont portés par des femmes et sont moins valorisés : institutrice maternelle, primaire et secondaire inférieur. Les emplois les mieux payés sont davantage occupés par des hommes et sont plus reconnus : secondaire supérieur, haute-école, université.

Nous l’aurons compris, les mesures des gouvernements successifs visant à élargir les contrats précaires (flexi-jobs, contrats intérims, titres-services, …) ainsi que les sauts d’index, les attaques sur les pensions, la destruction des structures de soins et des services publics aggravent la précarité et tendent à reporter la prise en charge des enfants, des personnes âgées ou handicapées sur le dos des familles et donc les femmes. Cette situation les contraint à accepter tout emploi, les rend financièrement dépendantes de leur partenaire, les laissant sans réelles alternatives en cas de relation violente et les décourage à porter plainte pour harcèlement / viol au travail, par peur de perdre son travail.

La lutte contre le sexisme passe par la lutte pour notre indépendance financière

La FGTB a lancé une campagne pour une augmentation du salaire minimum à 14€/heure, soit 2.300€ brut par mois. Il est crucial de soutenir activement cette revendication : populariser la revendication, utiliser la pétition, mettre sur pied un plan d’action à l’image de celui à l’université de Gand, … La campagne ROSA (Résistance contre l’Oppression, le Sexisme et l’Austérité) continue à la marteler, car un salaire décent est nécessaire pour pouvoir s’atteler à la lutte contre les violences faites aux femmes.

Cette revendication doit bien entendu s’accompagner d’autres comme l’augmentation des allocations de chômage au-dessus du seuil de pauvreté et des allocations familiales qui couvrent les dépenses qu’engendre l’éducation d’un enfant, mais également l’individualisation de toutes les allocations (suppression du statut de cohabitant), une pension à 1500€/mois accompagnée d’une diminution de l’âge de départ à la pension, la réduction collective du temps de travail avec embauche compensatoire et sans perte de salaire ce qui permettrait aux personnes actuellement en temps partiel de bénéficier d’avantage d’un salaire complet. Il est de plus urgent d’avoir des investissements publics massifs dans les services publics : crèches publics gratuites et en quantité suffisante, écoles réellement gratuites et de qualité, lieux pour les personnes âgées accessibles et de qualité, soins de santé, etc.

Passons de la propagande aux victoires

Il nous faut des campagnes allant crescendo menées par les travailleuses et les travailleurs depuis la base, si possible en front commun syndical pour toucher le plus de monde possible. Assemblées du personnel, arrêts de travail, manifestations, grèves : il est fondamental d’impliquer un maximum de personnes et d’être le plus démocratique possible. Que les travailleuses se syndicalisent encore plus et deviennent déléguées syndicales est primordial surtout dans les métiers qui sont les plus précaires et souvent les moins syndicalisés.

A Seattle (Etats-Unis) – où les accords sociaux sont généralement fixés par ville ou par région – notre organisation sœur, Socialist Alternative a lancé la campagne pour un salaire minimum de 15$ de l’heure. Ils ont obtenu une victoire en mai 2014 qui a depuis fait tache d’huile grâce à de nombreuses mobilisations de masse et à l’élue de Socialist Alternative au conseil municipal, Kshama Sawant. La campagne 15 NOW est parvenue à développer 11 groupes d’action de base dans divers quartiers de la ville afin de mobiliser, de faire descendre les habitants dans les rues et d’intervenir dans les forums publics. Avec ces groupes d’action de base et la tenue de conférences démocratiques, 15 NOW a donné la possibilité aux activistes d’avoir réellement en leurs mains la lutte. Socialist Alternative a su démontrer comment une élue pouvait être utilisée afin de construire un mouvement et le renforcer.

De l’autre côté de l’Atlantique, il y a tout juste un an à Glasgow (Ecosse), après 12 ans de conflit, les quelque 8.500 employés communaux ont décidé de se mettre en grève pour 48 heures. Le personnel des secteurs pratiquement exclusivement féminin de la municipalité revendiquait l’égalité salariale au travers d’une rémunération qui permette de vivre dignement, et une sérieuse indemnisation pour toutes les années de différence salariale entre hommes et femmes. Les travailleuses (et quelques travailleurs masculins) ont gagné une indemnisation de 567 millions d’euros , ainsi qu’un rehaussement des salaires ! Pour une telle victoire, des semaines de préparation ont été nécessaires pour cette grève de 48 heures avec des centaines de piquets de grève (devant les écoles primaires, les crèches, les dépôts de nettoyage et les bâtiments municipaux), une manifestation de 10 000 personnes dont 90% étaient des femmes. Mais rien n’aurait été possible sans une solidarité entre hommes et femmes et entre les différents secteurs. Ainsi, 600 éboueurs ont refusé de franchir le piquet de grève par solidarité avec le mouvement. Contre les bas salaires et les emplois précaires, la solidarité et l’unité de classe est indispensable pour gagner la lutte.

En Belgique aussi, une victoire est possible !

Mobilisons pour la manifestation nationale contre les violences faites aux femmes du dimanche 24 novembre. Profitons des semaines devant nous pour discuter les revendications et les méthodes de lutte. Mettons en avant la nécessité de lutter pour notre indépendance financière. Celle-ci constituerait un obstacle en moins pour pouvoir quitter un compagnon violent ou un emploi où l’on subit harcèlement et/ou violence. Ce n’est pas un combat des femmes contre les hommes, mais ensemble contre l’oppression, la précarité et les violences qui en découle entre autres. Cette manifestation sera donc aussi une date importante dans la lutte pour l’augmentation du salaire minimum à 14€ brut /heure, une lutte qui peut mener à des victoires !
Rendez-vous le 24 novembre, 13h30 à la gare de Bruxelles central afin de former ensemble un bloc combatif.

 

1) Le Monde selon les femmes, « Pourquoi les politiques d’austérité touchent davantage les femmes ? » in Recherche &Plaidoyer, Bruxelles, 2016.
2) http://www.femmesprevoyantes.be/wp-content/uploads/2017/09/Analyse2012-grossesse-et-violences.pdf
3) http://www.fgtb.be/documents/20702/312330/Gazette+p%C3%A9nibilit%C3%A9/d6fb961a-bcd6-490b-a4b3-470ceabd5252
4) DESCHACHT Nick, BAERTS Anneleen, GUERRY Marie-Anne, « De Loonkloof en het Glazen Plafond in België » [en ligne], Vrije Universiteit Brussel, april 2009. Disponible sur : http://mosi.vub.ac.be/papers/DeschachtBeartsGuerryMOSI38.pdf
5) https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/42295/reader/reader.html#!preferred/1/package/42295/pub/61361/page/7


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ROSA organise des actions, des événements et des campagnes pour combattre le sexisme et le système qui l’entretient : le capitalisme.