Une approche féministe pour faire face au (semi)confinement : c’est essentiel pour toutes et tous

Une personne sur cinq est victime de violence, mais seulement une victime sur cinq a demandé de l’aide.

L’UGent récolte en ce moment des données pour déterminer l’impact de la crise sanitaire sur les femmes. Une première étude couvrant le premier mois de confinement, au printemps dernier, soulignait déjà un niveau de stress supérieur à la moyenne pour 56% des personnes interrogées. L’étude indique que « l’augmentation du stress ne contribue pas seulement à de nombreux problèmes de santé, il est aussi un facteur de risque pour le développement et la poursuite de diverses formes de violence » et estime que « une personne sur cinq est victime de violence, mais seulement une victime sur cinq a demandé de l’aide ».

Il est vrai que quelques mesures d’urgence ont été mises en place au printemps, comme l’initiative du code « masque n°19 », pour que les personnes victimes de violences puissent discrètement demander de l’aide en pharmacie. Le gouvernement nous autorise aussi à sortir malgré le couvre-feux pour fuir des coups (il manquerait plus que ça !). Des places d’accueil avaient été ouvertes dans des hôtels durant la fermeture du secteur mais cette initiative – fort médiatisée – était largement insuffisante et surtout temporaire.

Faire le choix d’une société où chaque personne peut décider avec qui elle souhaite vivre (ou pas), où les victimes de violences peuvent s’extirper de cette situation (et pas juste pour quelques jours), implique de placer au cœur de nos revendications l’accessibilité au logement. Concrètement, cela signifie de lutter pour un plan public massif de rénovation et de construction de logement sociaux. Gardons en tête que cette crise sanitaire risque de ne pas être la dernière du genre. Être confiné dans une cage à lapin exacerbe les tensions et cela place les gens face à un risque accru de violence.

Avec la crise, le chômage (temporaire ?) a explosé. 90% des allocataires sociaux se retrouvent sous le seuil de pauvreté. Et la situation est encore plus critique pour les personnes cohabitantes (60% des femmes). Elles se retrouvent avec un « demi chômage » qui atteint vite 22,02€ par jour ouvrable. Il est inacceptable que les revenus de remplacement dépendent de notre situation de couple. Il est indispensable d’individualiser les droits sociaux et de les relever au moins au-dessus du seuil de pauvreté.

Les demandes d’aide alimentaire et de biens de première nécessité explosent. Un budget exceptionnel de 7 millions d’euros a, à nouveau, été alloué en octobre pour tenter d’y faire face. Un sparadrap sur une jambe de bois… Ainsi, 12% des femmes ont régulièrement des difficultés pour payer leurs protections menstruelles. D’ailleurs, pourquoi n’en trouve-t-on toujours pas dans les WC des écoles, des autres services publics et des lieux de travail ? C’est pourtant aussi nécessaire que du papier toilette.

Les écoles sont mises en quarantaine à tour de bras, mais l’empathie des employeurs fut de courte durée : il faut être performant tout en s’occupant des enfants alors que les activités extrascolaires sont réduites à peau de chagrin. En télétravail, les journées sont interminables et se ressemblent. Une pause est l’occasion de lancer une lessive et non plus de bavarder quelques minutes entre collègues. D’autres pauses se prolongent pour assister le travail scolaire des enfants. Pour compenser, les parents en télétravail retravaillent en soirée dès que les enfants sont au lit. Il n’est plus possible de se déconnecter, de prendre du temps pour soi ou pour socialiser entre adultes. Il faut y répondre par la réduction collective du temps de travail, sans perte de salaire et avec embauches compensatoires.

Les femmes représentent 83,5% des cheffes de familles monoparentales en Wallonie. La Ligue des Familles revendique l’élargissement de leur bulle. L’entraide ne peut être laissée à l’initiative individuelle, elle doit être prise en charge par la société. Nous avons besoin de services publics qui combattent la double journée de travail des parents (et en particulier des femmes) avec suffisamment de garderies et de services d’aide à la famille par exemple, mais aussi avec le développement de services de blanchisserie.

Notons enfin que les femmes sont largement majoritaires dans le secteur public et les secteurs essentiels (distribution, santé, aide aux personnes,…). Renforcer ces services signifie y améliorer les conditions de travail.

C’est pour tout cela – et bien d’autres choses encore – que lutte la Campagne ROSA et que nous voulons mener des actions dans 15 villes le 8 mars prochain à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Liège, Anvers, Bruxelles, Kortrijk, Leuven, Brugge, Gand.


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ROSA organise des actions, des événements et des campagnes pour combattre le sexisme et le système qui l’entretient : le capitalisme.