Lutter contre le sexisme, la violence et le capitalisme : une lutte internationale

Quatre membres du CIO (le Comité pour une Internationale Ouvrière - l'organisation internationale dont le PSL/LSP est la section belge) nous parlent des combats pour les droits des femmes qui se développent dans leurs pays respectifs.

A l’image de ROSA, différentes campagnes contre le sexisme et le système qui l’entretient ont été initiées dans différents pays. Tout d’abord en Irlande et depuis en Belgique, mais aussi au Mexique, au Brésil, en Espagne. D’autres vont le jour dans les mois à venir.

Carla, Mexique: « Pour mettre fin à cette oppression, nous devons transformer la société »

Au Mexique, il y a une forte crise des droits humains et une crise économique qui encourage également le recul social. Cela a des conséquences immédiates sur l’oppression des femmes et de tous les groupes vulnérables dans la société. Le durcissement de la crise voit s’aiguiser tous les problèmes sociaux (comme le sexisme).

Au Mexique comme ailleurs, l’incorporation des femmes sur le marché de l’emploi leur a donné une certaine indépendance et a brisé l’isolement du foyer. Mais, parallèlement, cela a alourdi le fardeau des femmes puisqu’elles continuent à s’occuper de tout le travail ménager alors qu’elles travaillent. Beaucoup de femmes subissent également les abus de leur partenaire. Chaque jour, au Mexique, sept femmes sont tuées, la plupart par leurs maris.

Il existe des cas terribles comme celui des travailleuses de Juarez. Dans cette ville, le nombre de femmes tuées est très élevé. Les femmes au travail souffrent également de violences sexuelles.

À Mexico, la corruption est très répandue, de même que le trafic de drogue et d’êtres humains. L’État de Mexico comporte le plus grand nombre de féminicides du Mexique. Cela a d’ailleurs atteint des proportions particulièrement extrêmes tout dernièrement, ce qui a conduit à un sursaut de révolte. Ce constat, en combinaison de l’entrée des femmes sur le marché de l’emploi, a augmenté la conscience sociale sur cette question ainsi que sur la possibilité de protester.

Le mouvement a adopté diverses revendications radicales, certaines anticapitalistes, qui soulignent par ailleurs la nécessité de lutter côte à côte avec les hommes issus de la classe ouvrière. Il y en a toutefois qui ne sont pas d’accord avec cette approche.

Nous soulignons que l’oppression de genre provient du système social, de la société de classe et du capitalisme. Pour mettre fin à cette oppression, nous devons lutter pour transformer la société et construire une société socialiste démocratique. Cela ne signifie bien entendu pas que nous ne luttons pas pour des améliorations immédiates des conditions des femmes, y compris contre le sexisme au sein du mouvement ouvrier et de ses organisations.

Nous avons lancé la plateforme féministe Libres y Combativas qui a eu beaucoup de succès, notamment dans les écoles. Beaucoup de jeunes femmes sont très conscientes de la situation politique actuelle et veulent s’organiser pour lutter. Cette plateforme est née il y a quelques mois à peine, mais nous avons déjà eu beaucoup de succès et nous voulons continuer à contribuer à la lutte pour les droits des femmes.

Jane, Brésil: « 12 femmes sont tuées chaque jour »

Nous assistons à la pire crise sociale et économique de l’histoire du Brésil. Elle a un impact plus brutal encore sur les femmes.

Les femmes, en particulier les femmes noires et ouvrières, souffrent de l’austérité dans les soins de santé et l’enseignement ainsi que de l’augmentation de la violence au cours des dernières années. Chaque jour, 12 femmes sont tuées – l’un des taux les plus élevés de meurtres de femmes en Amérique latine. Et chaque jour, dix femmes sont victimes de viols en réunion.

Des éléments de barbarie sont toujours présents dans la société brésilienne. Les femmes ont d’ailleurs subi une nouvelle attaque au parlement récemment : une loi a été proposée pour empêcher la possibilité d’avorter aux femmes dont la grossesse résulte d’un viol.

La riposte a été très intéressante et très rapide. Trois jours de grandes manifestations ont suivi – 10.000 femmes manifestant notamment à São Paulo pendant que des cortèges investissaient les rues de toutes les capitales des différents États du pays. Ces mobilisations sont nées d’un appel lancé par une campagne féministe à laquelle nous participons, le Front féministe de gauche. D’autres campagnes et organisations se sont jointes au mouvement.

Le chef du parlement national a été contraint de dire qu’il ne souhaitait pas que cette loi soit adoptée. Il existe donc une énorme opposition dans la rue et partout ailleurs. Il est possible que le mouvement puisse vaincre cette loi.

Le Comité pour une Internationale Ouvrière a joué un rôle important dans les grandes villes. Nous nous sommes retrouvés en premières lignes de l’organisation de ces manifestations à São Paulo par exemple – une ville de 16 millions de personnes – et nous avons été la force principale derrière les manifestations féministes.

Nous combattons cette nouvelle attaque, mais nous lions ce thème à d’autres. Nous voulons aller plus loin pour en finir avec la criminalisation de l’avortement. Ce combat nécessite d’être lié à d’autres luttes sociales telles que l’opposition à la réforme du travail et la réforme des retraites ainsi que contre les coupes budgétaires. Nous nous revendiquons clairement d’un féminisme ouvrier et socialiste.

Laura, Irlande: « Il s’agit de rompre avec la répression du passé »

En Irlande, une lutte cruciale est actuellement en cours contre le huitième amendement de la Constitution, l’interdiction constitutionnelle de l’avortement.

Depuis sa création, la république irlandaise est liée à l’Église catholique, ce qui a conduit à d’effroyables crimes contre les femmes et les enfants. La classe ouvrière et les pauvres ont été les plus touchés – par exemple, avec les blanchisseries Madeleine (Magdalene Laundries), des institutions catholiques destinées à la « rééducation de femmes perdues » qui étaient synonymes d’esclavage des femmes pauvres.

Cette lutte contre le 8e amendement est une lutte déterminante, qui vise à rompre avec la répression du passé et à instaurer à la place le type de société que les jeunes, les femmes et les travailleurs veulent et désirent.

Il y a cinq ans, Savita Halappanavar, une Indienne vivant et travaillant en Irlande, est décédée à cause de ce huitième amendement. Elle est morte lors d’une fausse couche, après avoir demandé à plusieurs reprises un avortement, ce qui aurait pu lui sauver la vie. Cela lui a été refusé à cause du battement de cœur du fœtus lors de la fausse couche. Un nouveau mouvement a explosé dans ce contexte.

Deux choses très importantes sont arrivées cette année. Lors de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, les jeunes sont descendus en masse dans les rues. Le centre-ville de Dublin a été bloqué des heures durant. 10.000 jeunes ont marché en direction du Parlement. L’atmosphère était très radicale.

En avril, une Assemblée de citoyens a été convoquée par le gouvernement en sélectionnant 100 personnes au hasard. Le gouvernement a tout fait pour que les recommandations issues de cette assemblée n’apportent qu’un changement très limité. Mais, après avoir étudié le sujet, l’Assemblée de citoyens s’est montrée favorable au mouvement ‘‘pro-choix’’ (selon lequel les femmes devraient avoir le contrôle de leur grossesse et de leur fertilité). Les conclusions de cette assemblée sont actuellement à l’étude au sein d’une commission parlementaire dont est membre Ruth Coppinger (députée membre du Socialist Party, de Solidarity et de ROSA-Irlande).

Malheureusement, beaucoup d’autres porte-paroles du mouvement pour le droit à l’avortement se limitent à l’abrogation du huitième amendement. Se limiter à cela ne signifie pas nécessairement de disposer d’une législation pro-choix. Ceci pourrait être synonyme d’opportunité gâchée. Mais la jeunesse déclare : «Nous voulons une autonomie corporelle, nous voulons l’égalité, nous voulons des lois qui séparent l’État de l’Église».

Malheureusement, certains dans le mouvement ne savent pas à quel point les choses ont changé et n’ont pas confiance dans le fait que la majorité de la population soutient le droit à l’avortement. Il s’agirait de plus de 60% selon un récent sondage. Si nous obtenons effectivement un référendum sur l’abrogation en 2018, la participation sera incroyable et sera le thème d’une révolte sociale.

Il y a cinq ans, la campagne ROSA (for Reproductive rights, against Oppression, Sexism & Austerity) a été créée en tant que mouvement féministe socialiste. Cette campagne est très attractive pour la jeunesse en révolte contre une société en crise. Derrière la crise écologique, on trouve la soif de profits des entreprises. Il en va de même pour la crise des réfugiés. D’énormes attaques contre le niveau de vie des travailleurs en Irlande et dans le monde sont causées par la politique d’austérité qui vise à satisfaire la même avidité.

Ces jeunes ne veulent pas que seules les femmes de l’élite disposent de la liberté de choix (en ayant les moyens de partir à l’étranger pour pratiquer un avortement). Ils veulent les mêmes droits pour toutes et tous, et en finir avec toutes les discriminations qui frappent les femmes de couleur, les femmes trans, les femmes pauvres et ouvrières. Ils veulent que tout le monde soit libre.

En Irlande, le Socialist Party a joué un rôle important dans la construction d’un puissant pôle anticapitaliste dans le mouvement féministe et des LGBTQI+ en s’investissant dans la campagne ROSA, qui représente une force socialiste féministe composée de centaines de jeunes militantes et militants.

Emily, Belgique: « les femmes gagnent 20% de moins que les hommes »

En Belgique, si vous êtes au chômage et que vous vivez avec votre partenaire, votre allocation de chômage en tant que cohabitant est réduite d’environ la moitié par rapport aux allocations de chômage d’isolés. En moyenne, l’écart salarial annuel entre hommes et femmes est de plus de 20%.

La plupart des femmes travaillent à temps partiel parce que les emplois dans lesquels travaillent beaucoup d’entre elles n’existent pas à temps plein, et aussi parce qu’il n’y a pas assez de services publics comme des crèches, des structures d’accueil et de soins aux malades et aux personnes handicapées, etc.

Pour les jeunes femmes, un autre gros problème est l’utilisation du corps des femmes dans la publicité. La société utilise le corps des femmes comme un objet. C’est un contexte qui banalise le harcèlement sexuel.

Il n’existe pas encore de grand mouvement féministe qui s’exprime dans la rue en Belgique, mais il y a des actions de protestation de plus en plus importantes. Les réactions s’expriment jusqu’ici essentiellement sur les médias sociaux, mais aussi dans les discussions aux écoles, aux universités et sur les lieux de travail. Les actions ont toutefois été plus importantes que les années précédentes. Nous avons pris l’initiative d’une manifestation le 8 mars à Gand, avec 600 jeunes, la plus importante mobilisation de ce type depuis de nombreuses années. Par la suite, en septembre, une manifestation en faveur du droit à l’avortement a réuni 3000 personnes alors que ce type de manifestation ne réunit généralement que quelques centaines de personnes. Quand Donald Trump a est venu à Bruxelles le 24 mai, 10.000 personnes sont descendues dans la rue pour manifester. De nombreux thèmes étaient présents comme la lutte contre le racisme et l’environnement, mais la question du féminisme était probablement celle qui dominait le plus. Nous nous opposons à la politique de Trump et aux politiciens qui représentent la même chose en Belgique, ainsi qu’à la division qu’ils essaient de créer au sein de la classe des travailleurs.

ROSA signifie Résistance contre l’Oppression, le Sexisme et l’Austérité. Nous avons lancé cette campagne il y a moins d’un an. La question que nous soulevons avec celle-ci est : qui profite avant tout du sexisme? Les hommes ou le capitalisme ?

Par le passé, les luttes féministes sont parvenues à arracher une certaine libération sexuelle. Mais cela a été récupéré par la suite pour instrumentaliser le corps des femmes un outil marketing dans la publicité, la pornographie, etc. pour faire des profits pour les plus riches.

Le système capitaliste utilise également les stéréotypes de genre pour justifier des mesures d’économies dans les services publics. Certains défendent ainsi que les femmes doivent s’occuper davantage des enfants. Nous n’avons dès lors pas besoin de nous occuper des crèches, etc., ou encore que les femmes disposent de compétences naturelles pour les soins aux personnes et qu’il n’est dès lors pas nécessaire de rémunéré spécifiquement ces compétences innées chez les femmes ». Des idées telles que celles-ci servent de prétexte aux bas salaires dans les soins de santé et l’enseignement. Notre message principal concerne la situation économique des femmes. Changer cela, c’est la clé pour commencer à en finir avec le sexisme.


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ROSA organise des actions, des événements et des campagnes pour combattre le sexisme et le système qui l’entretient : le capitalisme.